Constituer une trame de forêts âgées dans les Pyrénées
- Pourquoi préserver ces forêts ?
Des forêts en évolution naturelle et présentant des attributs de maturité existent ça et là le long de la chaîne pyrénéenne, parfois sur plusieurs centaines d’hectares.
Leur avenir est très incertain, car elles ne bénéficient que très rarement d’une protection efficace. Les plus accessibles sont menacées à terme par des pressions économiques évoluant très rapidement.
Un chiffre : en France métropolitaine, en 2023, seules 0,24 % des forêts ont une libre évolution assurée sur le long terme par une réglementation particulière (source : RNF, 2023).

- Quelles forêts ?
Une forêt laissée à son évolution naturelle devient mature lorsqu’elle accomplit la totalité de son cycle biologique naturel, de l’ordre de 300 à 350 ans (cycle sylvigénétique d’une hêtraie sapinière pyrénéenne). On l’appelle alors une « vieille forêt ».
Les vieilles forêts forêts ont toutes en commun d’héberger une biodiversité très riche, principalement en ce qui concerne la micro-faune du bois mort et du sol, qui devrait être commune, mais qui est devenue remarquable voire menacée car trop rare, liée aux stades âgés de la forêt.
Dans les Pyrénées, elles sont majoritairement publiques, 15% seulement d’entre elles sont privées.
Ce sont ces dernières qu’il nous intéresse d’acquérir, ainsi que des « vieilles forêts en devenir », qui ont déjà des attributs de maturité (très gros bois vivants et morts), et deviendront des vieilles forêts grâce à la libre évolution sur le très long terme.
Pour en savoir plus sur les vieilles forêts pyrénéennes et leur inventaire, cliquer ici.

- Les vieilles forêts sont-elles utiles ?
Ces forêts constituent d’importants puits de carbone, tant dans le fort volume de bois vivant et mort que dans les sols, ces derniers conservant des composés carbonés pluri-millénaires (voir ici).
Elles sont des zones de quiétude pour la faune, la flore et la fonge autochtones.
Elles hébergent de très nombreuses espèces généralement absentes des forêts exploitées, par manque de très gros bois vivants et morts (au sol et sur pied).
Nombre de ces espèces participent à des processus essentiels de la vie de la forêt. Parmi elles et pour exemple, les syrphes sont des insectes dont les adultes, pollinisateurs, participent à la reproduction des arbres et des plantes, alors que leurs larves, comme de très nombreux autres décomposeurs dépendant de la présence de bois mort, contribuent à la fertilité du sol. Des « auxiliaires de sylviculture » en quelque sorte.
La grande diversité florale, animale et fongique des forêts anciennes et matures en libre évolution peut contribuer activement à la bonne santé des peuplements voisins gérés pour la production de bois, augmenter leur richesse et par là même leur capacité d’adaptation. Sous certaines conditions, elles apportent des réponses à des déséquilibres ponctuels (pullulations d’insectes dont les prédateurs naturels sont dans la vieille forêt voisine par exemple), liés au dérèglement climatique ou à des situations particulières.
Enfin, ces forêts à caractère naturel peuvent procurer un puissant sentiment de nature, une connexion intime à un ailleurs où les cycles de la vie se montrent tels qu’ils sont (voir l’onglet l’évolution naturelle – un choix sensible).
Nous vous invitons à lire le plaidoyer de Jean Delacre, très éclairant, intitulé Pour une défense des forêts en libre évolution.
- Quelles stratégies d’acquisition ?
Il faut, en libre évolution permanente, un minimum de :
– 2 hectares d’un seul tenant pour conserver une diversité de bois morts (Jakoby et al., 2010),
– 10 hectares d’un seul tenant pour conserver une diversité de dendromicrohabitats (Larrieu et al., 2014).
Ces seuils de surface permettent d’offrir une capacité d’accueil pour les très nombreuses espèces liées aux stades âgés des forêts.
30% de la biodiversité en forêt est strictement liée au bois mort, notamment le gros et très gros qui est plutôt rare en forêt de production.
Ainsi, nous cherchons à préserver à terme des « patchs » de minimum 10 hectares, et des « ilots de vieux bois » de minimum 2 hectares.
Plusieurs organismes (Conservatoire d’Espaces Naturels, Nature En Occitanie, Office National des forêts, communes, propriétaires forestiers privés, Groupements forestiers, etc) contribuent à préserver des espaces en évolution naturelle sur le très long terme le long de la chaîne pyrénéenne. Nous tenons compte des sites qu’ils préservent déjà, par rapport aux informations dont nous disposons, pour élaborer notre stratégie en terme de continuité écologique.
Pour une bonne continuité écologique entre les sites, souvent distants de plusieurs kilomètres, les îlots de vieux bois dits intermédiaires doivent être de plus de 2 hectares.

- Comment ?
Dons manuels, donations et legs de terrains forestiers, permettent à Forêts Préservées d’acquérir des forêts présentant des enjeux biologiques forts, et d’y garantir la libre évolution permanente.
Si vous vous sentez concernés par cette cause, vous pouvez nous aider, soit :
– en faisant un don, selon vos possibilités,
– en faisant un legs de patrimoine, ou une donation de parcellaire forestier que vous souhaitez préserver de manière pérenne. Contactez-nous, nous viendrons le visiter avec grand plaisir !
Il n’y a pas de « petit » don. Tous servent le même but.
- Est-ce une propriété privée ?
Les sites acquis par le fonds invitent à un nouveau rapport à la propriété privée.
Celle-ci est généralement inaliénable, c’est à dire qu’elle permet au propriétaire, dans la mesure où les lois en vigueur sont respectées, d’user d’un droit presque absolu sur « ses » terres ; dont détruire l’écosystème pour replanter une monoculture par exemple, couper des arbres multi-centenaires, ou encore vendre la forêt comme une simple marchandise.
Ici, la forêt acquise ne peut être revendue et sort donc de la sphère du monde marchand. Notre responsabilité est grande, le choix des sites à préserver est donc minutieux et concerté.
Si dans le futur, le fonds de dotation est dissous, les biens seront transférés à un organisme d’intérêt général qui poursuit les mêmes buts de préservation (voir le détail plus bas).
Comme le dit Baptiste Morizot dans cet article de la revue Terrestres : « Ce montage permet de neutraliser ce qui constitue sans doute l’aspect le plus problématique du droit de propriété, à savoir le droit d’aliénation (ou abusus en latin), celui qui permet de détruire ou de constituer la chose possédée en une marchandise échangeable sur le marché ».
La forêt devient alors un « commun » aux humains et aux autres êtres vivants. Dans ce petit foyer en libre évolution, existent des règles humaines avec des principes bénéficiant à l’ensemble du Vivant, la communauté biotique selon Aldo Leopold (végétation, animaux, cours d’eau, terre et roches présents sur la zone).

- Ca fonctionne comment ?
Le fonds de dotation est entièrement administré par des bénévoles.
Il est totalement indépendant et ne perçoit aucune subvention publique. Ce sont uniquement les dons d’organismes et de particuliers touchés par les actions du fonds, qui permettent d’acquérir les écosystèmes forestiers à préserver.
Cliquer ici pour accéder à la présentation des membres fondateurs.
- Et si le fonds disparaît dans quelques décennies ?
Nous souhaitons apporter ici une réponse à une question qui nous est souvent posée : comment garantir la préservation d’un parcellaire acquis sur le très long terme ? Et si le fonds de dotation venait un jour à être dissous ?
La réponse est inscrite à l’article 8.9 de nos statuts : en cas de dissolution, « le conseil d’administration attribue l’actif net à une ou plusieurs fondations reconnues d’utilité publique et/ou un ou plusieurs fonds de dotation, et/ou tout organisme autorisé, ayant pour objectifs la protection et la conservation de la nature.«

Créé début 2019, le fonds est jeune, et ne demande qu’à vivre pour acquérir de l’ancienneté et de la maturité.
Nous vous remercions pour votre intérêt et pour votre soutien.