Créer un fonds de dotation pour préserver des forêts en évolution naturelle n’est pas un choix anodin.

Ce choix engage la responsabilité de laisser vivre un écosystème sans y intervenir, sauf cas de force majeure mettant par exemple en danger des vies humaines.

Cela signifie par exemple qu’en cas de tempête ou de grande sécheresse, les chablis (arbres tombés naturellement) ne soient pas enlevés, mais laissés sur place.

Membre fondateur en hêtraie pyrénéenne © Sophie Maillé
Membre fondateur (à droite), sortie de sensibilisation en vieille forêt pyrénéenne © Philippe Falbet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De nombreuses personnes auront tendance à montrer du doigt notre choix. Pour elles, les forêts doivent être entretenues pour être en bonne santé.

D’autres diront que les champignons décomposeurs de bois mort vont fragiliser la forêt. D’autres encore soutiendront qu’il est urgent de planter des espèces méditerranéennes dans nos massifs (cèdre, sapin grec ou turc par exemple), même en versant nord, car elles résistent mieux à la sécheresse que les espèces locales autochtones, ces dernières n’ayant pas le temps de migrer seules étant donné la distance et la rapidité des évolutions du climat. Ce sont les adeptes de la « migration assistée ».

La réalité est que la capacité de réponse des écosystèmes au changement climatique est largement inconnue. Les connaissances sont très lacunaires. Personne ne peut prédire le climat de 2050, et ses effets sur les essences naturelles ou sur celles plantées aujourd’hui. Lesquelles auront dépéri ?

D’autre part, rappelons que c’est le forestier qui a besoin de la forêt, pas le contraire.

Hêtraie relictuelle méditerranéenne, ancienne d’au moins 7000 ans, actuellement protégée © RN de la Massane

Dans un même temps, l’intérêt porté au fonctionnement naturel des forêts ne cesse de croître.

La littérature scientifique et plusieurs cas de figure récents montrent qu’une forêt ancienne et mature résiste mieux aux attaques parasitaires, aux sécheresses et aux incendies qu’une forêt de reconquête ou une plantation monospécifique (voir pour exemple la page notre projet, paragraphe : « les vieilles forêts sont-elles utiles? »).

D’autre part, préserver des écosystèmes forestiers matures, à la biodiversité la plus riche, en bonne intelligence avec les activités humaines (pastoralisme extensif, notamment) est pour nous un marqueur de qualité de vie et de liberté, ainsi qu’un rempart aux logiques d’un modèle de société en perte de repères.

Cascade tuffeuse, vieille forêt pyrénéenne aux accès très limités © Philippe Falbet

Nous tenons à préciser que ces propos ne sont pas déconnectés du monde dans lequel nous vivons. 10 des 12 membres du fonds vivent dans les Pyrénées et son piémont, plusieurs en sont natifs, avec des modes de vie imbriqués dans les réalités de la montagne. Nous sommes en contact étroit avec la forêt et appréhendons de manière fine ses mécanismes, 3 des 5 membres fondateurs y exercent ou y ont exercé leur profession (voir ici).

Nous agissons pour protéger les forêts à caractère naturel et les espèces associées.

Notre démarche est assumée, elle se base sur des observations réelles.

Elle ne maintient pas les lieux « sous cloche » à l’abri des visiteurs, elle garantit l’absence d’intervention sylvicole sur le très long terme tout en autorisant les autres usages. Ces parcellaires ne seront plus à la merci des cours du bois, et ne pourront pas non plus être remplacés par des plantations de Douglas ou Cèdres en ligne, où la structure des sols est bouleversée, où la biodiversité est quasi absente.

Elle permet de préserver des espaces où la forêt peut s’exprimer pleinement, où la flore et la faune natives sont en quiétude, grâce à la libre évolution.

Elle redonne une certaine grandeur à la Nature.

« La Biosphère peut être réduite, appauvrie, affaiblie, il suffit de quelques braises et d’un soulèvement des contraintes pour que le vivant foisonne, se répande, se multiplie dans toutes les directions. Le vivant est avant tout prodigue, si on lui laisse le temps de s’exprimer. Mais pour cela il faut chérir les dernières braises. » (Baptiste Morizot)