Il n’existe plus de forêts primaires en France, on parle de vieilles forêts, forêts subnaturelles (sub=sous) ou à caractère naturel.
Elles ne sont plus exploitées depuis au moins 50 ans, souvent beaucoup plus. Elles ont retrouvé un aspect et un fonctionnement naturels : elles sont riches en très gros arbres, en gros bois mort au sol et sur pied (chandelles). Souvent préservés grâce à leur inaccessibilité, ces boisements sont des zones de quiétude pour la faune, la flore et la fonge autochtones.
Le citoyen a l’habitude de se promener dans des forêts ne dépassant pas la durée du cycle sylvicole, au terme duquel les arbres sont coupés pour différents usages humains. Lorsque les forêts sont laissées à leur évolution naturelle, elles accomplissent la totalité de leur cycle biologique naturel, soit 300 à 350 ans en moyenne pour une hêtraie sapinière.

Les forêts qui accomplissent la totalité de leur cycle biologique naturel représentent moins de 1 % des forêts françaises métropolitaines. Cela explique que les espèces liées aux stades âgés de la forêt sont pour la plupart, rares et menacées.
30% de la biodiversité forestière est constitué de cortèges d’espèces saproxyliques (dépendantes du bois mort), or il est estimé que 40% de ces espèces sont menacés d’extinction au niveau national et européen (Speight, 1989 in Dodelin,2010 ; Larrieu et al., 2016) par manque de gros bois mort en forêt et d’arbres-habitats. Ces espèces jouent un rôle clé dans le cycle des nutriments et la fertilité des sols.
Aujourd’hui, les techniques sylvicoles, la législation et les pressions humaines évoluent très rapidement. L’avenir de ces boisements à caractère naturel est plus qu’incertain. Les forêts subnaturelles, ou vieilles forêts, sont nombreuses à être menacées à court ou moyen terme par l’exploitation forestière.
La libre évolution garantie sur le très long terme constitue le mode de gestion privilégié pour maintenir et reconstituer des forêts à caractère naturel, et assurer la quiétude des espèces qui les peuplent.
« L’intérêt de la libre évolution réside dans son alignement avec les objectifs de conservation de la biodiversité. Elle permet le maintien des processus évolutifs, favorisant l’adaptation des espèces face au changement climatique. Ce « laboratoire de l’innovation » assure la préservation des espèces, de la diversité génétique et des interactions entre habitats, tout en laissant les cycles écologiques complets s’exprimer librement. Il s’agit d’une réponse pour adapter les écosystèmes aux changements en cours, sans viser un retour à un état passé. » (Pierre-Edouard Guillain, Directeur adjoint de la Direction de l’eau et de la biodiversité au Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, lors des journées de l’UICN du 20/21 Janvier 2025 au siège de l’Unesco à Paris).

Il nous semble important de mentionner que de nombreux écologues forestiers et scientifiques alertent actuellement, par des tribunes, des pétitions, des déclarations communes, sur la rapidité de destruction des habitats naturels, l’artificialisation des sols forestiers par les plantations, les déviances des politiques forestières servant les intérêts industriels et l’effondrement de la biodiversité.
Ces deux citations de Virginie Maris * nous semblent très à propos :
« Protéger la nature d’une puissance de changement et de destruction qui n’a aucun précédent dans l’histoire de la vie, ça n’est pas la mettre sous cloche, mais au contraire, créer un espace et un temps dans lesquels elle puisse être au moins partiellement soustraite à cette pression pour évoluer dans les modalités qui sont les siennes. »
« D’où l’importance de préserver des espaces dédiés à la nature sauvage ne serait-ce qu’en tant que témoins de ce que la nature peut faire et être sans nous. Car pour « faire avec » la nature, encore faut-il connaître son partenaire, (…) lui donner une chance d’exister selon les modalités qui lui sont propres, sans entraves.»
* Penser la nature dans l’Anthropocène, éd. du Seuil, Virginie Maris